[Voyage] Sit and think

Hello, hello,

Comme toujours, le temps est passé à une vitesse hallucinante. Cela fait bientôt dix mois que je vis en Australie. J’y ai passé la majeure partie de mon temps à découvrir un mode de vie diamétralement opposé au mode de vie citadin que je menais en France. C’est cela qui rend le voyage intéressant, en explorant d’autres horizons, on explore également des facettes de soi différentes.

Il y a de nombreuses choses qui expliquent mon silence sur le blog et sur les réseaux sociaux durant ces derniers moi. Je suis revenue timidement en vous partageant le portrait de Lisa ici, convaincue que faire découvrir la naturopathie au plus grand nombre ne peut qu’être bénéfique, en particulier par les temps que nous vivons où la question sanitaire est au coeur des préoccupations pour tout le monde.

Dans le Queensland, comme partout ailleurs, la vie post-déconfinement reprend ses droits, accompagnée de nouvelles règles sanitaires dont il va falloir s’accoutumer mais cette sensation de liberté retrouvée a bien entendu été grandement bénéfique chez moi. Après avoir passé plusieurs mois à faire de la cueillette d’avocats et être tombée malgré moi dans une sorte de routine et d’ennui, j’ai donc enfin pris mon envol vers l’inconnu et accepté l’invitation d’un hôte via helpx. Helpx est un site de mise en relation entre hôtes et voyageurs. Quelques heures de travail par jour vous seront rémunérées sous forme de logement et nourriture.

Je me suis également demandé si partager ici était pertinent et finalement, si les rencontres et les histoires que je vis m’inspire à réfléchir à mon mode de vie et à l’avenir que je souhaite construire, j’espère qu’il fera écho chez vous. Je vous laisse donc avec le récit de mon séjour chez B.

« Sit and think » sont certainement les mots que B., prononce le plus souvent. C’est son activité principale et lorsqu’une idée farfelue surgit dans son esprit, une nouvelle théorie sur l’existence ou l’envie furieuse de raconter le mystère de la vie qui se manifeste par de curieuses synchronicités, il raconte cela sous forme de nouvelles.

Il y a une quarantaine d’années, l’opportunité s’est présentée à lui d’acheter une maison et un terrain en piteux état. Il s’est confié pour mission de transformer la propriété et de créer la vie qu’il souhaitait; une vie simple et frugale, en communion avec la Nature. Une vie aux antipodes de notre monde moderne et de la société de surconsommation. B. a donc fait ce qu’il considère être un acte de foi en l’avenir et a planté des milliers d’arbres sur son terrain au fil des années, au coeur des montagnes verdoyantes, modifiant ainsi radicalement le paysage. Ces arbres ont grandi, ils s’élèvent désormais vers les cieux, grands, forts et majestueux. Il arrive que B. en coupe certains pour laisser de la place aux autres arbres de grandir, il scie et en découpe des blocs pour les vendre.

Le lieu est d’une puissance incroyable, que ce soit la beauté de la forêt tropicale, sa maison délabrée au parquet grinçant, sa douche « 100% organique »: eau de pluie récoltée, chauffée au feu de bois, alimentée sans pompe l’eau s’écoule uniquement par la gravité), tous ces objets que B. collectionne: des bouts de bois aux formes étranges, les cahiers jaunis par le temps où sa voisine avait pour habitude de rédiger sa philosophie de vie et ses pensées intimes; des pellicules de film d’un ami réalisateur aujourd’hui décédé, des tableaux divers et variés, des extraits de magazine sur la forêt, des morceaux de bois où sont gravées des inscriptions en mandarin ou japonais…

Tout son bric-à-brac dégage une sorte de nostalgie, les objets sont les vestiges d’une époque révolue, ils ont pris la poussière et ont vieilli. B ne jette rien pour honorer la vie car selon lui les objets ont un cycle de naissance et de mort comme les humaines et garder les possessions d’une personne aujourd’hui décédée revient à faire honneur à ce que cette personne a créé de son vivant.

Laisser une trace. N’est-ce pas ce que tous les humains cherchent à faire ? On prend des photos pour figer la vie dans un cliché, pour se rappeler des instants précis, pour se rappeler et que les autres se rappellent de nous. On écrit pour raconter une époque, on écrit pour raconter nos petites vies et ce qui nous parait banal et insignifiant fera un jour partie de l’Histoire.

Cette expérience passée dans cet endroit inhabituel et extraordinaire m’a beaucoup apaisée. J’en ai profité pour savourer le luxe de simplement exister à l’abri des regards. Prendre le temps de me connecter à la Nature et laisser son pouvoir régénérateur imprégner toutes les cellules de mon être. Penser à la manière dont je voulais mener ma vie et créer quelque chose, fascinée et inspirée de voir tout ce qu’il est possible de construire à la force de ses mains.

Aujourd’hui plus que jamais,je pense que nous devons nous interroger collectivement sur l’avenir que nous souhaitons construire ensemble et je pense que cette rencontre m’a permis de nourrir intensément mes réflexions personnelles.

La suite au prochain épisode…

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